Cinéma

Goliath – L’Hydre de Lerne

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À l’heure où le glyphosate fait plus que jamais scandale et débat dans nos sociétés européennes, il constitue une question environnementale et de santé majeure au sein des programmes des candidats à la présidentielle en France. À cet égard, Goliath tombe à point nommé. Pour rappel, le glyphosate est un herbicide controversé car très dangereux pour la santé des agriculteurs qui l’utilisent. Son usage est encore permis mais largement critiqué par une partie des scientifiques et des politiques qui déplorent sa toxicité. Avec ce film, Frédéric Tellier choisit d’adresser aux lobbies industriels une critique franche et cinglante de leur activité qui implique la vente massive de pesticides contestés. Il précise d’ailleurs au début du film que « toute ressemblance [avec la réalité] n’est ni fortuite, ni involontaire ».

Goliath nous emmène à la rencontre de France, professeure de sport le jour et ouvrière la nuit, qui s’insurge et milite activement contre l’usage des pesticides. Alors que son mari souffre d’un cancer du fait de son contact récurrent avec la tétrazine, France décide de s’attaquer aux grands lobbies industriels qui, quant à eux, défendent avec ferveur l’usage de ce pesticide, au titre d’une production agricole plus massive. Au cœur de ce combat que se livrent les militants et les lobbyistes se croisent donc France incarnée par Emmanuelle Bercot, Mathias, un cruel lobbyiste incarné par Pierre Niney, et Patrick, un avocat colérique et déterminé interprété par Gilles Lellouche. Si l’on a l’habitude de voir ce casting à l’écran ces derniers temps et qu’on peut en être lassé, sachez qu’on redécouvrira quand même un Pierre Niney qui sort de sa zone de confort et incarne cette fois-ci le grand méchant du long-métrage.

Phytosanis est présentée comme un géant industriel des pesticides. Parmi eux, on compte notamment la tétrazine, dont l’usage est de plus en plus contesté et critiqué par les citoyens et plusieurs politiques et scientifiques. Suite à un événement de revendication glaçant et bouleversant que vous découvrirez dans le film, l’intrigue est lancée et la lutte entre Mathias et Patrick s’intensifie. En effet, Patrick n’a qu’un objectif : faire tomber Mathias et son entreprise Phytosanis qui, dans un objectif de profit massif, mettent en danger les vies de milliers d’agriculteurs. Plus encore, pour désarmer ses détracteurs, Mathias n’hésite pas à mentir et à manipuler les chiffres et les informations pour se prémunir d’une quelconque sanction qui pénaliserait sa société. Même lorsqu’il est confronté à la violence et à la brutalité la plus accablante, Mathias reste de marbre et ne perd pas de vue les objectifs financiers de Phytosanis. Le plus agaçant chez ce personnage déjà individualiste et égoïste, c’est sans doute qu’en parallèle de sa vie professionnelle douteuse, il mène une vie de famille paisible et heureuse, dans un sublime appartement parisien, aux côtés de sa femme enceinte et de sa belle-fille qu’il gâte indécemment, bien loin du mal qu’il cause. Frédéric Tellier veut ouvertement nous faire détester Pierre Niney, et à mon sens, ça fonctionne très bien (il est vraiment détestable).

D’une part, le film donne au spectateur une grosse claque quant à la problématique de l’utilisation des pesticides dans la mesure où il dépeint la détresse de citoyens et d’agriculteurs qui, pour la plupart, sacrifient leur santé parfois sans même savoir qu’ils respirent des produits toxiques ou en le subissant. D’autre part, on assiste à l’injustice d’un système qui ne valorise que la création de richesses aux dépens de la santé et des conditions de vie des plus défavorisés. Si la détresse est incarnée par France, l’injustice est quant à elle incarnée par Patrick qui, malgré toute sa détermination, ne semble pas s’en sortir. Parmi les critiques que l’on peut adresser au film, certains le taxeront de manichéen : en effet, il confronte un riche géant industriel qui ne réfléchit qu’en terme de profits à des citoyens modestes qui subissent ses décisions. Cette représentation manichéenne est provocante, agressive, crue et elle dénonce, mais elle semble nécessaire. Elle nous conduit à une prise de conscience qui doit nous donner envie d’agir dans le sens d’une meilleure prise en compte des conditions de vie des uns et des autres.

Au-delà de l’éveil que nous procure le propos de Goliath, Emmanuelle Bercot interprète un personnage très touchant et engagé avec beaucoup de justesse. Gilles Lellouche et Pierre Niney forment quant à eux un couple d’ennemis plutôt agréable à voir à l’écran.

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