Cinéma

La Mule : Papi fait du trafic de drogue…

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Ce bon vieux Clint, de retour à la fois devant et derrière la caméra, met en scène son grand âge et semble tirer des leçons de sa propre existence, pour un résultat souvent plus grisonnant que grisant – mais est-ce un problème ?

Earl Stone est un vieil horticulteur qui a sacrifié sa famille pour son travail. Contraint de fermer boutique, il trouve un moyen original d’arrondir ses fins de mois en devenant passeur de drogue pour un cartel Mexicain. Il se trouve confronté à ses problèmes personnels non résolus, à la DEA (Drug Enforcement Administration, service de lutte anti-drogue aux USA) et au cartel lui-même.

Le concept est évidemment amusant, et donne lieu à des moments particulièrement drôles, tant le décalage entre le personnage et le milieu dans lequel il se plonge est frappant. C’est évidemment aussi ce qui crée la tension et motive l’action. Mais contrairement à ce qu’il était dans Gran Torino, Clint Eastwood ici n’a plus son côté bagarreur, même s’il se plaît à nous démontrer avec sans doute une certaine ironie qu’il a de bons reste en faisant régulièrement fréquenter de jeunes femmes à son personnage…

L’originalité et l’intérêt du film tiennent plutôt dans le point de vue particulier qu’il adopte. Il ne s’agit pas d’un film de gang, et les séquences qui nous présentent le cartel, comme celles qui nous font suivre l’avancement de l’enquête, sont rapidement expédiées, très fonctionnelles et conventionnelles, comme si elles n’intéressaient pas vraiment le réalisateur, et ne servaient qu’à contextualiser son propos. On retiendra tout de même certaines séquences, notamment en fin de film, si américaines dans leur efficacité comme dans leur caractère impressionnant.

La Mule n’est pas une histoire sur la drogue, mais sur la vieillesse, même si l’on est loin d’Amour de Haneke. La vieillesse d’un réalisateur encore plein d’humour et d’énergie, qui se met en scène sans complaisance, tel qu’il est, qui joue de son image, brouillant malicieusement les pistes : est-ce le personnage, ou est-ce l’auteur qui est raciste et homophobe ? C’est en tout cas le véritable Clint Eastwood qui a abandonné sa famille, et ce à de plus nombreuses reprises que son personnage. Et ce n’est pas un hasard de casting s’il va jusqu’à faire jouer la fille d’Earl par sa véritable aînée, Alison Eastwood.

La tension se trouve au final autant – voire moins – du côté du trafic de drogue que de celui des affaires de famille, et le caractère assez mélodramatique qu’on lui connaît occupe une place importante dans le film d’Eastwood. Il parvient parfois à nous atteindre, sans pour autant nous tirer de larmes en raison d’un certain formalisme qui pourra paraître ennuyeux à certains. Malgré tout, si l’on a aimé Eastwood, on ressent quelque chose à la fin du film, quand on est confronté à ce visage qui occupe l’écran, avec ses traits travaillés par le temps, et qui vient une fois encore brouiller la distinction entre Clint et Earl.

La Mule vaut moins le déplacement pour son récit que pour ce qu’il représente pour son réalisateur. Si ce n’est pas un chef d’œuvre, il pourra cependant vous réconcilier en partie avec l’auteur du navet qu’était 15h17 pour Paris.

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