Cinéma

Si Beale Street pouvait parler : une adaptation touchante du roman de James Baldwin…

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Barry Jenkins, réalisateur américain connu pour Moonlight, porte à l’écran le roman de James Baldwin Si Beale Street pouvait parler. S’il est courant en France que les réalisateurs soient également les auteurs de leurs propres œuvres, c’est bien plus rare aux Etats-Unis, où cela est surtout l’apanage des réalisateurs du cinéma indépendant (du monde des studios et de Hollywood) dont il fait partie.

Si Beale Street pouvait parler raconte le combat de Tish, qui est enceinte de Fonny, afin de faire sortir ce dernier de prison avant la naissance de leur enfant. Il a été incarcéré après avoir été injustement accusé de viol. La question des discriminations raciales est centrale dans ce film, car elle est à l’origine de l’emprisonnement de Fonny, mais elle n’est pas le fil conducteur de l’histoire. En effet Barry Jenkins présente les actes de discrimination faisant partie de la vie des personnages de façon simple et avec une certaine retenue, sans faire de pause dans le récit. Cela lui permet de donner un témoignage centré sur les sentiments et perceptions des personnages, alors qu’un ton polémique aurait sûrement eu pour effet de créer de la distance. Finalement, il ne nous invite pas directement à nous insurger contre ces discriminations, mais il nous invite à les vivre.

Toutefois, on ne peut pas évoquer ce film sans parler de ses acteurs. Tout d’abord parce que Regina King, qui joue la mère de Tish, a tout juste reçu l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Mais aussi parce que le couple que forment Kiki Layne et Stephan James fait certainement partie des plus beaux couples portés à l’écran. Ils donnent de la justesse et donc de la crédibilité à l’histoire, et c’est grâce à eux que le film remplit l’une des missions du cinéma, qui est de nous faire rêver. Si Beale Streat pouvait parler est un film extrêmement poétique, et l’amour qui lie les deux personnages en est la partie soliste, soulignée par les images de James Laxton et la musique de Nicolas Britell, qui tous deux avaient déjà collaboré avec Barry Jenkins pour Moonlight. Nous sommes suspendus aux lèvres de Tish tout au long du récit pendant qu’elle se remémore les débuts de son histoire d’amour avec Fonny, ce qui donne au présent une profondeur grandissante et une résonnance particulière grâce à l’éclairage du passé. Cependant ce ton particulièrement introspectif est peut-être aussi la faiblesse du film, car on peut y voir une complaisance dans un formalisme esthétique qui anesthésie le propos et nous laisse sur notre faim.

Finalement, If Beale Street Could Talk est avant tout une belle histoire d’amour, touchante et portée à l’écran de façon poétique, ce qui n’est pas si courant.

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