Cinéma

À couteaux tirés : l’art de surprendre

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Après avoir réalisé un Star Wars controversé, Rian Johnson s’attaque à un genre radicalement différent avec un film à énigme au casting impressionnant, qui n’est pas sans rappeler certaines adaptations d’Agatha Christie. A la suite de la mort d’un célèbre romancier, le détective Benoît Blanc (Daniel Craig), convaincu qu’il a été assassiné, décide d’enquêter sur la famille du défunt, dysfonctionnelle et désunie au possible.  

A Couteaux Tirés fait un peu penser à la maison du romancier, où se déroule l’histoire : vue de l’extérieur, il s’agit d’une belle structure sans aspérités, mais au fur et à mesure qu’on l’explore, on y découvre des passages secrets et des cachettes qui s’entremêlent pour former un labyrinthe réservant bien des surprises. Du début à la fin, le scénario écrit par Rian Johnson est tout simplement magistral. Surprenant et bien ficelé, il prend un malin plaisir à jouer avec les attentes du spectateur pour mieux le manipuler à coup de retours en arrière et de déclarations mensongères.

Le charme de l’ensemble tient également au judicieux équilibre entre les tons comique et dramatique, atteint grâce à des dialogues percutants. Les disputes entre les membres de la famille, dont beaucoup lorgnent sur l’héritage, donnent lieu à des moments mémorables, en particulier quand le débat s’invite sur le terrain politique. Sans se prendre au sérieux, A Couteaux Tirés nous offre ainsi un reflet jouissif des clivages de l’Amérique, à travers les débats gênants sur les immigrés qui opposent conservateurs insensibles et bobos végans fans de yoga. Mais les dissensions familiales ne se limitent pas à la politique, car les remarques incisives fusent dès qu’il est question de l’héritage, donnant un spectacle amusant et en même temps effrayant du désastre que peuvent produire l’appât du gain et les guerres d’ego.

Si la machine de Rian Johnson est si bien huilée, c’est en grande partie parce que le casting rutilant rend parfaitement justice à ses personnages, en soulignant à la fois leur humanité et leur excentricité. Dans le rôle du fameux Benoît Blanc, Daniel Craig fait des merveilles avec son aplomb, ses mimiques et son accent ridicule qui le font passer pour un parfait abruti. Il donne la réplique à la brillante Ana de Armas, qu’on avait rarement vue si juste et si touchante, mais aussi à Chris Evans, Jamie Lee Curtis, Michael Shannon et consorts, qui forment une famille pour le moins pittoresque.

Comme une grande partie de l’enquête se déroule dans l’immense maison du défunt, celle-ci a un rôle prépondérant dans l’intrigue, lequel est mis en valeur par le travail exceptionnel de l’équipe de décoration. En introduisant le film par une série d’inserts sur les éléments les plus baroques de l’impressionnante propriété, Rian Johnson instaure dès le début une atmosphère de mystère intimidante et fascinante qui ne s’estompe jamais.

Cette importance accordée aux détails de la maison et aux objets en général fait écho à la minutie du scénario qui, justement, repose sur des détails dont beaucoup nous échappent. C’est seulement en sortant de la salle que l’on comprend pleinement le tour de force que représente A Couteaux Tirés, avec son dynamisme, son intrigue si élaborée, son savant mélange de rire et de suspense, et sa grande originalité.

A Couteaux Tirés, de Rian Johnson. Avec Daniel Craig, Ana de Armas, Chris Evans. Sortie le 27/11/2019.

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