Cinéma

Annihilation : un trésor de Netflix

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D’abord écrivain, puis scénariste notamment sur des films de Danny Boyle (parfois adapté de ses propres romans, comme La Plage), Alex Garland s’essaye depuis 2014, et pour le meilleur, à la réalisation. Son premier film, Ex Machina, fut unanimement salué et à raison. Après ce coup d’éclat, il revient en 2017 sur Netflix avec Annihilation, film plus imparfait mais plus sensible, vivant et coloré.

Lena (interprétée par Nathalie Portman) part à la recherche de son mari dans une zone hermétique appelée le Miroitement provoquée par l’apparition d’une météorite. On ne divulguera évidemment pas ici ce qu’elle y trouve, ni les autres éléments de l’intrigue. Mais cet espace extraterrestre permet au film d’exploiter un concept de science-fiction original, dont la richesse se dévoilera tout au long de l’acte II. Cette richesse est la plus grande qualité du film : l’univers est grouillant de vie, magnifique, et rend compte d’un véritable effort de création visuelle. Le film regorge en plus de cela d’idées originales qui lui permettent de se distinguer et de laisser une véritable empreinte dans la conscience du spectateur.

Depuis Ex Machina, Garland a fait preuve d’un véritable talent pour écrire des personnages complexes, intéressants et attachants, ce qui lui vient sans doute de sa carrière de romancier. Les quatre protagonistes formant l’équipe de Lena ne dérogent pas à cette règle. Chacune est dotée de caractéristiques propres, de dilemmes et d’une personnalité attachante, et connaissent un parcours cohérent. Les interactions entre elles sont fortes, réalistes et permettent un véritable investissement dans chaque scène. L’histoire est très bien menée, alternant scènes horrifiques, de suspens, ou de révélations avec un équilibre assez juste (bien que parfois lent).

Et tout cela est en plus filmé avec talent – l’environnement particulier est l’occasion de composer des plans sublimes – et intelligence, adaptant la mise en scène pour faire ressortir toutes les anomalies de ce monde et la psychologie des personnages. On peut par exemple relever le motif du verre d’eau, présent tout au long du film : l’eau diffracte la lumière, ce qui est à la fois un écho au Miroitement (et à ses effets) et aux relations déformées entre Lena et son mari, qui ne voient plus qui l’autre est réellement, comme s’ils s’apercevaient à travers un espace brouillé (ce qui est illustré par le plan où leurs mains se rejoignent derrière le verre).

L’espace sauvage, toujours en mouvement, débordant de bruits et de couleur, vient s’opposer à la froideur et à la fixité du quotidien des personnages. Le retour à la nature devient alors le lieu de l’évolution, alors que la civilisation s’enferme dans son immobilité par peur de la destruction. Le film remet en question dès son démarrage la conception que les personnages se font de leur humanité, et invite à la réflexion sur la question de l’altérité, en incitant à dépasser sa peur de l’évolution, et à s’ouvrir sur le monde afin de mieux revenir à soi : mais alors, est-on toujours soi ?

Annihilation est loin d’être parfait : on notera quelques incohérences, ou des facilités de scénario écartées discrètement pour se concentrer sur l’esthétique. Il est plus clivant, moins maitrisé que sa première œuvre. Mais face à la beauté froide d’Ex Machina, certains seront plus touchés face à cette expérience qui parvient à rester profondément sensorielle même sur petit écran. Alex Garland s’éloigne des conceptions traditionnelles du grand public sur la science-fiction et propose de belles œuvres, intelligentes et réfléchies, tout en exploitant tous les recoins de l’imaginaire.

 

Annihilation, d’Alex Garland. Avec Natalie PortmanJennifer Jason LeighGina Rodriguez, Oscar Isaac. Disponible sur Netflix.

 

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