Cinéma

Border : l’intérêt de dépasser les limites en question…

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Tina est une douanière dotée d’un physique particulièrement ingrat que compensent des capacités surprenantes, notamment un odorat surdéveloppé qui lui permet de percevoir la peur ou la culpabilité, talent fort utile pour son emploi. Elle fait un jour la rencontre intrigante de Vore, un homme qui semble partager les mêmes particularités alors qu’elle croyait son cas unique. Elle entame alors une redécouverte de ce qu’elle est dans un cheminement au teintes fantastiques et policières.

Border n’est pas un Freak show – ou du moins il prétend ne pas chercher à l’être ; comme Freaks ou Elephant Man, la laideur n’est que façade. À travers son histoire atypique, Border mène une réflexion sur l’identité, sur la différence et sur le genre. Ces êtres si étranges, qui s’avèrent ne pas être pas réellement humains, révèlent à mesure qu’évolue leurs relations de nombreuses autres spécificités, qui remettent notamment en question la distinction entre masculin et féminin telle que nous la connaissons. L’acceptation de la différence semble de façon plus générale être le propos du film, puisque derrière les hideux faciès des protagonistes se trouvent des émotions des plus humaines.

Dans le même temps, la quête d’identité menée par Tina se teinte de thriller, celle-ci étant recrutée par la police pour poursuivre une enquête initiée grâce à son flair de douanière. En même temps que le personnage part à la découverte de soi, elle est confrontée à la laideur intérieure de ceux dont l’apparence ne laissait pourtant pas deviner la véritable monstruosité – ce qui est explicitement formulé dans le film.

Le mélange de beauté et de laideur qui est mis en scène déroute. Leurs corps difformes s’enlacent dans des forêts somptueuses, les grognements bestiaux extériorisent des sentiments complexes… le sublime et le grotesque qu’Hugo aimait mêler l’un à l’autre le sont ici de façon bien plus poussée que dans son œuvre, et ce à l’image comme dans le récit. Cette esthétique particulière va notamment puiser aux sources du folklore nordique, ses monstres et ses forêts, lesquels auront sans doute plus de résonnances pour les spectateurs et spectatrices nordiques.

Le problème demeure pour le spectateur de Border son caractère répugnant dans lequel le réalisateur semble se complaire. Il est certes voulu mais somme toute assez peu subtil tout en n’apportant finalement pas grand-chose au propos. Le but est clairement de déranger : entre les grognements et les gros plans sur les traits difformes, en particulier cette lèvre supérieure frémissante, c’est un succès – mention spéciale (ALERTE DIVULGÂCHAGE) à la scène d’accouplement, que je me permets de mentionner car, ô lecteurs et lectrices, je ne vous souhaite pas d’y être confrontés sans préparation psychologique. On comprend surtout mal en quoi une telle insistance sur le repoussant permettrait de mieux faire partager les idées défendues par le film : accepter la différence ou appréhender la remise en question des genres semble même plus périlleux quand la métaphore prend un tel aspect.

Border réussira au moins à interroger ceux et celles qui parviendront à accepter son étrangeté et à se laisser alors porter par son récit ; peut-être vaut-il mieux être averti, avoir été confronté à des expériences cinématographiques similaires ou encore être d’une grande ouverture d’esprit pour en être capable.

7

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