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Tenet, entre Bond et 2001

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Un agent secret de la CIA se retrouve impliqué dans les prémices d’une troisième guerre mondiale qui repose sur une technologie qui permet d’inverser l’écoulement du temps pour des objets ou des personnes.

 

La temporalité, que Christopher Nolan a envisagé déconstruite dans Mémento et relative dans Interstellar, devient la pierre angulaire de Tenet. Si cette inversion de l’entropie qui permet à un objet de se mouvoir dans un temps inversé est simple à imaginer, elle a des implications très complexes. Viens par exemple le classique paradoxe temporel largement traité dans la trilogie Retour vers le futur de Robert Zemeckis, mais aussi l’irrémédiabilité de ce qui a été accompli par exemple.

 

Comme dans tous les derniers films de Christopher Nolan, la direction des acteurs et les plans sont très réussis. L’acteur principal, John David Washington, sobrement nommé Le Protagoniste dans le film, livre une très belle prestation qui lui permettra certainement d’être nommé aux Oscars. Quant à Robert Pattinson, il arrivera ici à convaincre le grand public de sa qualité d’acteur, qualité qu’il a commencé à montrer depuis plusieurs années dans le cinéma d’auteur avec notamment des films de David Cronenberg ou Robert Eggers.

 

Les scènes d’action sont très intéressantes et très bien pensées. Les effets spéciaux numériques, que Christopher Nolan n’a pas souhaité utiliser pendant longtemps permettent ici d’avoir une très belle, et réaliste, adaptation des décors aux mouvements inversés. Ainsi on retrouve dans ce film un air des James Bond de l’ère Daniel Craig où l’action n’est, souvent, plus suffisante à elle-même et où le scénario est solide.

 

S’il est possible de comprendre une grande partie du film en étant attentif, l’enchevêtrement de dimensions temporelles et d’actions à la fin du film ne permet pas d’avoir une très bonne compréhension de l’histoire. Il est, à mon sens, intéressant de pousser dans cette direction afin que le spectateur n’ait pas une relation passive au film qu’il est en train de visionner. Néanmoins Nolan va ici beaucoup plus loin que pour Inception ou Interstellar et s’est peut-être un peu égaré. Le plaisir du spectateur est gâté par une complexification de l’histoire trop poussée et inutile.

 

Ce drôle de film, qui sera très certainement un succès faute de concurrence dans les salles, pourrait marquer son époque et devenir, peut-être, le sujet d’interrogations futures à la manière dont nous nous demandons aujourd’hui comment le très original 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick a attiré plus de 3 millions de spectateurs dans les salles françaises.

 

Si toutes les critiques sont subjectives, il faut admettre que celle-ci l’est tout particulièrement car elle s’appuie plus sur un ressenti que sur une analyse objective du film. En effet, la complexité du film ne permet pas vraiment de se détacher des impressions qui nous viennent. Bien sûr il faudrait voir et revoir ce film une dizaine de fois pour connaître tous les tenants et aboutissants du scénario. En tout cas la nouvelle tentative de ce réalisateur de complexifier le récit calibré et lisse des blockbusters hollywoodien doit être saluée.

PS : La bande son du générique, interprétée par Travis Scott, est très qualitative.

8

Mathieu Bonnet
Rédacteur en chef de la Cinemat'HEC pour l'année 2020-2021.

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