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The Office (US) – Un peu de tendresse dans ce monde de fous

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Alors qu’un nouveau confinement vient d’être acté, que la vie jovacienne vacille et qu’avec elle les jours menacent une nouvelle fois de se faire monotones, plus personne ne sait vraiment où se tourner pour apercevoir un peu de lumière. Que faire face au fil des jours qui vient se recommencer ? Comment trouver ce qu’il convient de réconfort en ces temps troubles ? Est-il seulement possible de vaincre la morosité ambiante ? À ces questions qui, hélas, resteront pour le reste de la France sans réponse-, Making Of vous offre ici la solution miracle, qui saura redonner à vos visages la couleur d’autrefois et le sourire d’antan. L’antidote à la déprime qui nous guette tient en deux mots, et vous attend sur Amazon Prime : The Office.

The Office (US) est le remake mené par Greg Daniels d’une série britannique dont le créateur originel n’est autre que Ricky Gervais, comique anglais connu pour son humour corrosif et notamment rendu célèbre par ses éclats lorsqu’à de multiples reprises il présenta les Golden Globes. Si la série d’origine est désormais adulée outre-Manche, elle n’a malheureusement pas duré : deux saisons et puis s’en va. Au contraire, The Office (US) est une série au long court, et qui par-là pourrait en effrayer certains. On ne se lance après tout pas dans une aventure de 9 saisons comme on aborde une mini-série de 5 épisodes. Mais rassurez-vous, arpenter pour la première fois les couloirs de ce bureau pennsylvanien, y découvrir des figures qui deviendront familières et l’impayable marasme de leur quotidien, fait partie de ces bonheurs rares et dont on garde en mémoire une trace indélébile. On y suit les déboires de Michael Scott, patron de la filiale régionale d’une petite entreprise sur le déclin, dont les employés souffrent tous les jours la bouffonnerie inlassable, les blagues déplacées à n’en plus finir et la stupidité à toute épreuve. Le tout prend la forme d’un documenteur, l’entreprise étant suivie par une équipe dont l’objectif est de filmer la vie quotidienne d’une entreprise ordinaire.

Et par où commencer, si ce n’est en affirmant directement que The Office est ce que j’ai pu voir de plus drôle sur un écran ? Passée la très courte première saison, la série atteint de tels sommets de génie comique qu’il est difficile de s’en remettre. Un exercice incendie, une préparation aux premiers secours, une séance inattendue de parkour et autres That’s what she said : autant de fous rires incontrôlables qui jalonnent le visionnage. Ce grand art de l’absurde qui pousse le malaise aux limites du soutenable, cette maîtrise subtile de la bêtise qui joint le rire à l’affection, voilà tout le génie d’une série si drôle qu’elle en devient éternelle. Certaines séquences frôlent à ce point la perfection comique qu’il devient laborieux de s’oxygéner, le rire prenant définitivement le pas sur la respiration. Difficile de convaincre autrement qu’en invitant, aujourd’hui plus que jamais, à se plonger dans cette aventure déjà mythique.

La forme que prend la série est d’ailleurs parfaitement mise au service de l’humour et du récit. La mise en scène est active, elle ne sert pas simplement à dynamiser l’action par sa caméra tremblotante : elle façonne la narration, s’amuse avec les employés et participe à l’histoire. En plus de souligner subtilement les sentiments des personnages par des mouvements plus ou moins discrets, la caméra s’implique dans leurs relations, oriente leur regard et le nôtre avec.  D’autant plus que ces personnages ont conscience d’être filmés. Ils connaissent la présence de la caméra, savent qu’elle les suit et s’apprête à saisir la prochaine bouffonnerie, et dès lors ils en jouent, interagissent avec elle et s’en amusent eux aussi. La désormais célèbre Jim face en est l’expression : ces multiples regards à la caméra, à la fois las et malicieux, sont autant de rappels que tout est absurde mais qu’il faut bien s’y accoutumer, et l’apprécier même, puisqu’au fond nous sommes dans le même bateau.

Mais The Office est bien plus qu’une série comique que l’on regarderait pour passer le temps. C’est, au fil des saisons, un environnement qui devient familier, une famille qui se crée. Et c’est pour cela que, des années durant, la série fut la plus regardée du Netflix américain, et c’est pour cela que les spectateurs y reviennent finalement toujours, comme on revient chez soi. Il n’y a pas que du rire, il y a du cœur.  Les personnages à l’écran, aussi caricaturaux et extrêmes qu’ils puissent paraître, existent : ils sont réels, vrais. La série pousse l’attachement si loin que lorsqu’il faut se quitter, les larmes viennent naturellement. Chacun pourra reconnaître ses tourments amoureux dans ceux de Jim & Pam, sa solitude dans le regard de Michael et son brin de folie chez Dwight. Des personnages d’autant plus beaux qu’ils sont magnifiquement interprétés. Pas une grimace qui ne soit révélatrice du malaise grandissant, pas un silence qui ne soit habité d’une gêne délicieuse. Steve Carell, en particulier, est un dieu de la comédie dont on ne saura jamais assez dire la finesse de jeu et la drôlerie infinie.

Le personnage de Michael, pour ne développer que lui, est d’une beauté désarmante. Car The Office, c’est aussi l’histoire d’un pauvre homme qui a toujours rêvé d’être vu et qui en a enfin l’occasion. Après bien des années d’errance, il n’est plus oublié : on lui prête enfin de l’attention. Lui qui, toute sa vie, fut seul, qui chercha dans son travail une raison de continuer, et dans ses employés une famille, il navigue à l’aveugle dans un monde cynique qui ne veut pas de sa tendresse. Car finalement, il n’a que ça, de la tendresse. De la tendresse qui déborde du regard, ne cesse de se déployer, maladroitement bien sûr mais toujours avec bienveillance.  Michael Scott, l’homme qui n’était pas un salaud, fragile et trop peu inhumain. Il est le cœur battant de ce bureau ordinaire qui irrigue de tendresse les couloirs et les visages, la raison pour laquelle cette vie simple et répétitive, sans envergure a priori, vaut la peine d’être vécue.

The Office est un hommage à ceux-là, qu’on n’entend pas, oubliés trop souvent, et qui pourtant font de l’aventure humaine quelque chose de plus tendre, de plus beau. Car avec Michael, c’est tout le bureau qui petit à petit, à mesure que leur vie défile devant les caméras, se convertit à l’indulgence. The Office est cette invitation délicate à relativiser, à envisager les choses avec tendresse, à voir avec le cœur. C’est le film d’une vie qui déroule devant nos yeux. Et à bien des égards, ce film nous est familier, cette vie ressemble à la nôtre. En dépit de l’absurde, de la loufoquerie perpétuelle, il y a beaucoup de nous dans The Office, grande aventure du quotidien qui aura su saisir, avec une justesse peu commune, la beauté des choses ordinaires. Il ne reste qu’à reprendre la route direction Scranton, Pennsylvania, retrouver ce bureau à l’élégance modeste, ces visages familiers, et se laisser bercer encore par le mouvement de cet impétueux voyage, et se convertir une nouvelle fois à la tendresse, le sourire aux lèvres, la larme à l’œil.

“I wish there was a way to know you’re in the good old days, before you’ve actually left them.”

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